dimanche 11 novembre 2012

Un printemps à Tchernobyl ...


 "Des fleurs, une forêt magnifique, des sourires et des enfants: dans "Un printemps à Tchernobyl",  Emmanuel Lepage livre une vision de la région sinistrée par la catastrophe nucléaire de 1986 bien éloignée de l'image cauchemardesque que nous en avons conservée.

Récompensé lors du dernier festival Quai des Bulles, fin octobre, à Saint-Malo, l'auteur breton affirme qu'en dehors des ruines de la centrale et du dosimètre qui s'affole par instant, on passe son temps à chercher quelque chose qui puisse nous convaincre que l'endroit est dangereux, qu'il s'y est déroulé une tragédie. Or, rien ne se voit. Dans la nature, rien ne nous dit qu'il y a eu un accident nucléaire. On le sait, mais on ne le perçoit pas.

Avec son ami Gildas Chasseboeuf, dessinateur et aquarelliste, Emmanuel Lepage, dont la première bande dessinée remonte à 1986, est parti en 2008 en résidence d'artiste pendant deux semaines à une vingtaine de kilomètres de la centrale dévastée. Un pari un peu fou, dont il ne dissimule ni ses angoisses, avant et pendant le voyage, ni le vertige qui le saisit sur place.

Au retour, avec Gildas, on s'est trouvé en porte à faux, avec une certaine culpabilité. Les amis regardaient nos dessins et disaient: +C'est pas Tchernobyl, ces dessins de forêt, ces couleurs de printemps...+ (...) Il a fallu faire comprendre: Ce n'est pas parce que c'est beau que ce n'est pas terrifiant.

Car cette résidence d'artistes, à l'initiative d'une association bretonne, les Dessin'acteurs, avait pour objectif de soutenir une autre association, Les Enfants de Tchernobyl, par le biais d'une exposition et d'un carnet de voyage. Des personnes s'étaient impliquées en offrant des vivres en prévision des difficultés d'approvisionnement à proximité du secteur contaminé. Deux artistes, qui s'y étaient déjà rendus à deux reprises, avaient trouvé le lieu d'accueil...

Sépia et fulgurance de couleurs

Mais après ce voyage qui l'a tellement marqué et la réalisation du carnet de voyage, Les fleurs de Tchernobyl, l'auteur cherche un prolongement à ce travail, sans parvenir vraiment à concrétiser, tant le trouble ce décalage entre la perception et la réalité. C'est un abîme qui s'ouvre sous nos pieds: on ne voit rien, sinon le silence de nos sens par rapport à la tragédie.

Paradoxalement, le déclic lui vient d'un autre voyage, aux îles Kerguelen, d'où il ramène Voyages aux îles de la Désolation, publié en 2011 (Futuropolis). La forme, plus documentaire, adoptée pour cet album, lui apparaît soudain comme la voie à suivre, au moment où survient Fukushima, première catastrophe nucléaire majeure depuis Tchernobyl.

Un mode de travail très particulier: les dessins existent avant l'histoire. La question ensuite, c'est  comment je les intègre, à quel moment, de manière à ce que ce soit fluide (...). Au niveau de la démarche narrative, c'est assez exaltant, relève Emmanuel Lepage.

Ainsi naîtra "Un printemps à Tchernobyl", un album très personnel, où l'auteur n'hésite pas à se mettre en scène, à exprimer ses doutes et ses interrogations comme à traduire le bonheur des rencontres humaines. Un album en sépia, d'où surgissent, comme le printemps ukrainien, des fulgurances de couleur.

Quant au nucléaire, Emmanuel Lepage regrette que sur ce sujet, on choisisse la caricature, la peur, aux dépens d'une réflexion adulte. Mais sans doute est-ce le débat, vertigineux, qui fait peur ?

En ce mois de novembre, il s'envole pour le Japon, où il est invité. Il a prévu de pousser jusqu'à Fukushima."

"Un printemps à Tchernobyl" 165 pages 24,5 euros  (1)  (Éditions Futuropolis )

(Source :  AFP )





Choisir de traiter un tel sujet,  Emmanuel Lepage l'a fait  avec un certain talent. Il y a un report honnête du ressenti de cette  catastrophe nucléaire qui si elle est considérable n'a pas été pour autant une leçon pour l'humanité, le pire est probablement à venir compte tenu du nombre important de réacteurs qui ont dépassées les trentes années de service.


1)  Ce livre est disponible en librairie depuis le 4 octobre.

1 commentaire:

  1. L'énergie nucléaire continue ses méfaits et Tchernobyl est toujours une menace de pollution atomique, (tout comme l'un des réacteurs de Fukushima) le sarcophage actuel a bien des failles, la réalité est aussi là.
    Pourquoi ne pas donner la forme d'une pyramide au nouveau sarcophage de Tchernobyl? Ne l'oublions pas c’est un projet pharaonique!

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